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23 décembre 2007

Tricot Machine, car y en a marre des musiques qui jettent des froids

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Attention, ceci est la critique du CD:

Tricot Machine
Tricot Machine

Grosse Boîte, 2007
CD 13 titres,
40 minutes.

[ Catherine Leduc : voix, claps.
Matthieu Beaumont : voix, piano, claviers, rhodes
David Brunet : guitares acoustique, classique et électrique ; banjo, basse, lap steel, jeans, claviers, carillon, programmation, chœurs, tambourine, ukulélé, cuillères, claps, pieds, papier sablé.
Simon Blouin : batterie.
Benoît Rocheleau : trombonne
Jean-Philippe Magny : cor français.
Mathieu Côté : tuba.
Jean-Philippe Dalpé : trompette, flugelhorn.
Mario Légaré : contrebasse
Philippe B. : guitare électrique et acoustique.
Pierre-Édouard Asselin : guitare acoustique.
Kristin Molnar : violon
Daniel Beaumont : voix de répondeur.
Paroles : Catherine Leduc et Daniel Beaumont.
Musiques : Marc-Antoine Goulet, David Brunet, Catherine Leduc et Matthieu Beaumont. ]

POUR INTRODUIRE AVANT DE BRODER :

- Simplicité mais pas facilité. Une simplicité désarmante, à la première fois comme à la centième écoute, centième par absence de sophistication saturante et abracadabrante. Simplicité dans la construction qui n’interdit pas jeux et changements de rythme, et encore moins de la beauté dans les mélodies. Simplicité qu’on suppose accouchée de la douleur pour être si tenace et attachante. Fausse simplicité des paroles, fausse naïveté, tout ce qu’on veut

- deux voix qui jouent pas sur le même terrain : un revenu de tout et une presqu’ingénue. En plus, pour lui, un peu comme un art consommé de l’acteur. Pour elle, des accents, des dictions et des prononciations assez inouïes, au sens propre, dans les virages comme dans les montées.

- des bons paroliers, où on ne sait pas le comment de la fin dès le début, et quand on le sait, on l’oublie d’être trop pris.

- un album où la force obscure ne l’emporte pas sur le côté lumineux.

- parce que Grosse Boîte n’est pas une grosse boîte, et qu’elle est le côté francophone de Dare to dare records. - la québécitude comme exotisme et fraîcheur de dire.

- parce que le chanteur et la chanteuse ne se sont pas rencontrés à Disney (mais à Trois-Rivières) et qu’ils nous prennent pour des grands enfants mal dégrossis et frissonnants. On n’en a un peu marre d’être pris pour des grandes personnes vicelardes, obsédées et winneuses.

- parce que la chanteuse manie de vraies machines à tricoter toute la journée.

- parce que le chanteur est biologiste.

- parce que la chanteuse fait la nique à tous les canons avec ses kilos en trop. -parce que le chanteur emmerde les rugbymen du monde entier avec ses muscles en moins.

-parce qu’ils sont amoureux l’un de l’autre et que faut que ça dure avant que l’amour les amoche.

- parce que savez-vous que devant les aurores, 15 000 lièvres dansent dans la slush comme des fanfarons ?

1 Introduction au tricot machine, 1 :27   (Madame chante) Ambiance tricoteuse machine, interpellation aguicheuse:  « Savez-vous tricoter ? Á vos aiguilles ! », et, comme un marteau mécanique et répétitif sur le lobe de l’oreille pour indiquer ce qu'on peut démontrer: « à l’endroit, à l’envers ». Puis le marteau devient aiguille par la grâce d'on ne sait quoi, et ça donne: « à l’envers, à l’endroit ». Expressions délicieuses de la douleur sur la fin, ah..., ces « ah » plus délicieux qu’endoloris... Les mailles à l’endroit de travers ou l’inverse, ça a bien tricoté « sur le gros nerf » et maintenant vous êtes prêts. * Les instants magiques à passer en boucle : les « ha » précités, les « hou » du début.

2 L’Ours, 2 :30
(Madame chante, Monsieur fait les chœurs) Liste d’ingrédients qui dès l’abord curieuse font fourmiller l’envie, en plus du banjo : « cuillères, pieds, claps, papier sablé ». Dur d’isoler le papier sablé, et impossible de s’isoler des claps qui font marcher, c’est vitaminé et entraînant. Une histoire bizarre où un ours, condiment principal d’une narration qui finit en queue de plantigrade, devient aussi l’ingrédient d’une soupe avec sa fourrure sur le divan. Morceau de pain bénit pour ceux qui aiment que les spéculations oiseuses et interprétations hasardeuses. L’humour d’ores et déjà installé (« dans l’allée d’un champ de blé d’Inde shooté »), des pioches dans le sentimental et le psy. * Les instants magiques à passer en boucle : « les yeux fermés main dans la patte on avance », « ce matin je me suis fait une ‘tite bouffe »

3 Pas fait en chocolat, 2 :20
  (Madame et Monsieur chantent) Démarrage doucinet et trompeur, ça va s’accélérer : c’est que c’est une chanson du réveil, une chanson toute aussi plein d’énergie bonne que le chocolat. L’hiver à passer, le debout à faire et des paroles ni barbantes ni rasantes ; une batterie rythme pur : Madame et Monsieur aux chœurs pour un unisson. * Les instants magiques à passer en boucle : « on a les oreilles au vent », « il faut qu’on bouge », « sortir dehors », « je suis pas fait en chocolat, on n’est pas fait en chocolat », « laisse-moi tranquille », « penses-tu qu’on va passer / à travers le temps qu’il fait cet hiver », les notes de claviers entre les chants.

4 Un Monstre sous mon lit, 4 :44
( Madame et Monsieur chantent) Ils ont beau être deux à chanter, c’est plus souvent par solos, sauf dans ce morceau qui est un exemple de duo de brio. Madame fout un speed et une peur incroyable, et Monsieur (un chanteur à la Delerm en moins branchouille et parisiannouille) arrive la peur au ventre mais sourire aux lèvres pour tempérer le truc. Répartition des rôles et chanson trompeuse, pour ceux qui se fient aux couleurs vives et gaies dont se pare ce groupe, que ce soit dans ses fringues ou dans ses clips : c’est juste une façade, les choses flippantes sont là derrière, prêts à s’écrouler. Mais Tricot machine n’est pas un groupe qui prend à la gorge, du moins pas tout de suite, et plutôt aux tripes. Chanson sur la peur qu’il ne faut pas avoir peur d’écouter sinon vous finirez dans la chanson, qui est un beau cercueil, ma foi, si elle parvient à passer à travers les fourches caudines de l’Enfer. * Les instants  magiques à passer en boucle : « elle glace le sang, brise les élans / elle serre les fesses, elle claque des dents », «  [ la peur ] de voir un ours même empaillé / de perdre sa mère au centre d’achats », « y a plus de bruits passé minuit », « et si le parachute s’ouvrait pas / et si le téléphone sonnait pas », « une double boucle à mes souliers », « Mais anyway il faut s’y faire / Les monstres sortent rarement / de leur tanière / sauf pour venir comme par hasard / Faire la cuillère sur notre lit de mort » ; les notes de lap steel et de cor français, la trompette.

5 Les Oreillons, 3 :24
(Madame chante) Il en fallait bien un, morceau que je n’aime pas, et c’est celui-ci. Sombre dans  dans la bleuette (« chaque fois que tu me dis / que je suis trop belle »), la musique devient lourdindigeste à la fin, je patauge, ça rappelle du mauvais rock pleureur.

6 Super ordinaire, 3 :23
(Monsieur chante) Magnifiquement drôle, avec toujours cette voix entre looser magnifique et clown triste héroïque, bien las, voix légèrement éraillée, un peu à la Delerm mais en mieux et avec l’accent. C’est la complainte du pompiste qui a tout foiré mais qui a des excuses. J’attends la version longue de cette chanson tant je suis sûr qu’il pourrait rajouter plein de trucs tout aussi poilants, que cela le dérangerait pas, que ça lui ferait du bien, qu’il pourrait même continuer pendant une heure et moi aussi à écouter, d’ailleurs j’ai plein d’idés, du vécu, pas vous ? * Les instants magiques à passer en boucle : « Je voulais être Jimi Hendrix / mais j’ai pas de guitare / pis faut connaître des accords », « Je voulais être l’employé du mois / mais je suis loin d’être vite-vite / ni photogénique / Je voulais être la surprise de la soirée / mais je me suis pointé le lendemain du party », « je voulais être premier ministre / mais j’aime pas l’avarice / pis j’ai aucune malice », « je voulais être l’homme qui a vu l’ours / mais chez nous à Beloeil / y a juste des écureuils / Je voulais être Monsieur X / mais même lui j’imagine / me trouve trop anonyme ».

7 Les Peaux de lièvres, 3 :10
(Monsieur et Madame chantent) C’est à mi-album qu’est donné la chanson la plus authentiquement mélancolique. Un piano tout seul et tout simple avec les voix, et ça suffit, son petit air magique devenant dramatique à faire tomber tout ce qu’il fait tomber, le paradoxe étant que cette tristesse assumée et décarapaçante prend prétexte d’une histoire qui se termine bien. Monsieur et Madame sont en ce duo, pour ce titre, ce qui est somme toute normale vu le sujet, « cette nuit si chaude et si belle ». On sent un voile sur leurs voix, une certaine pudeur, une certaine façon de chanter qui dénote par rapport au reste de la galette. * Les instants  magiques à passer en boucle : « T’as les joues rouges boréales / tes couettes noires virent au blanc / comme l’asphalte », « les flocons dansent doucement dans le vent / mais c’est pas la faute du temps si je frissonne », « ca fait tellement longtemps qu’on s’attend / la nuit s’annonce si chaude et si belle », « il tombe des peaux de lièvres sur Montréal », le piano tout seul avec les voix.

8 Beau temps mauvais temps, 2 :50
  (Madame et Monsieur chantent) Cela parle du temps du passe et de l’éternité qui va arriver bientôt pour durer assez longtemps, et cela montre de belles façons musicales de casser le rythme, ou d’essayer, de faire du surplace, de la répétition, mais de ne pas pouvoir faire autrement, en définitive que de se laisser entraîner dans l’engrenage. De l’humour, mais est-ce qu’il marche, je sais pas. Morceau dans une tonalité plus électrique avec quelques moments de ouatitude, ni les unes ni l’autre n’étant à renier. * Les instants  magiques à passer en boucle : « je vous ai dit de garder / les mains en l’air », « Nu-pieds dans mes pantoufles / j’ai perdu le rythme / Nue tête sous ma moumoute / Ça tourne trop vite », « pourquoi courir si ça nous mène / Tout droit au ciel pour cent mille ans / Et comme disait Woody Allen / ‘L’éternité c’est long longtemps…/ surtout vers la fin », les « ah » de Madame, les claviers et la guitare électrique, le couplet final (surtout vers la fin).

9 La pluie, 2 :50
(Madame chante) Chanson cafardeuse sur un dimanche d’ennui, et ça fonctionne, c’est cafardeux. Ce sont juste un piano et une contrebasse pour faire l’effet cafardeux. Pas un mauvaix titre, mais c’est cafardeux quand même, oui, cafardeux
* Les instants  magiques à passer en boucle : « J’ai un secret / quand je change de pièce / Eh ben c’est chez toij que j’arrive ».

10 Une Histoire de mitaines, 3 :34
  (Madame chante) Une histoire d’amour qui déroge à la loi générale de la fin des amours. « Une rengaine à moitié réussie », chante-t-elle. Ben oui, des fois on s’ennuie, par petits moments. « Une histoire tout effilochée / avec un happy end / qui vient tout rattraper ». Y en a beaucoup comme ça qui jouent avec leurs auditeurs ? * Les instants magiques à passer en boucle : « Pour toi ce fut plus dur sur un pic de clôture »,  « J’ai vu que t’étais pas con / t’as vu que j’étais droitière / on a séché ensemble sur le calorifère »

11 Le Trou,  3:34
(Monsieur chante) L’autre morceau authentiquement mélancolique, même si des jeux de mots bien sentis essaient de faire diversion, et ça y va, avec les trous et les mines, les soupers et les déjeuners. Trompeur à plusieurs titres, car si Monsieur chante, Madame a écrit ce qu’il doit chanter. On ne sait donc pas trop qui chante, mais ça fait rien, c’est encore formidable de simplicité (piano et voix, that’s all), et Monsieur donne de sa voix la plus nue. * Les instants magiques à passer en boucle : « On a le cœur qui vire dessour / on n’a presque plus 20 ans / on cherche des sorties de secours / un décor neuf tout blanc tout blanc / entre les overdoses d’amour / le temps est long c’est pas possible », « je suis toujours pas devenu invincible », « on peut pas dire que j’ai bonne mine / en dessous de la terre c’est salissant », « je suis gâté pourri j’imagine / mais quand je dors je serre les dents », « « si tout ça ne tient qu’à un fil, je ne suis pas loin de mettre les ciseaux dedans ».

12 Ambulance, 3 :50
(Monsieur chante) Vu la chanson précédent et que c’est bientôt la fin du spectacle, c’est un titre à faire des misères à ceux qui s’étaient assoupis. Titre moralisateur et un peu gnangnan, mais quelle rage, ça fait du bien. * Les instants magiques à passer en boucle : le piano, la basse.

13 Roman savon, 2 :35
(Madame et Monsieur chantent) Là, ils ont enregistré une prise « foirée foirée foirée foirée foirée very foirée ». C’est que Madame rit quand elle ne chante pas, mais ça détend, pour chanter, et ça fait de belles chansons, mais peut-être de moins belles scènes de ménage. « Tant pis ». * Les instants magiques à passer en boucle : « quand je clean la maison / je mets nos histoires à off », « on fait nos fanfarons / jusqu’à ce que l’amour nous amoche »

POUR CONCLURE ET ARRÊTER DE BRODER :


- Simplicité mais pas facilité. Une simplicité désarmante, à la première fois comme à la centième écoute, centième par absence de sophistication saturante et abracadabrante. Simplicité dans la construction qui n’interdit pas jeux et changements de rythme, et encore moins de la beauté dans les mélodies. Simplicité qu’on suppose accouchée de la douleur pour être si tenace et attachante. Fausse simplicité des paroles, fausse naïveté, tout ce qu’on veut

- deux voix qui jouent pas sur le même terrain : un revenu de tout et une presqu’ingénue. En plus, pour lui, un peu comme un art consommé de l’acteur. Pour elle, des accents, des dictions et des prononciations assez inouïes, au sens propre, dans les virages comme dans les montées.

- des bons paroliers, où on ne sait pas le comment de la fin dès le début, et quand on le sait, on l’oublie d’être trop pris.

- un album où la force obscure ne l’emporte pas sur le côté lumineux.

- parce que Grosse Boîte n’est pas une grosse boîte, et qu’elle est le côté francophone de Dare to dare records. - la québécitude comme exotisme et fraîcheur de dire.

- parce que le chanteur et la chanteuse ne se sont pas rencontrés à Disney (mais à Trois-Rivières) et qu’ils nous prennent pour des grands enfants mal dégrossis et frissonnants. On n’en a un peu marre d’être pris pour des grandes personnes vicelardes, obsédées et winneuses.

- parce que la chanteuse manie de vraies machines à tricoter toute la journée.

- parce que le chanteur est biologiste.

- parce que la chanteuse fait la nique à tous les canons avec ses kilos en trop. -parce que le chanteur emmerde les rugbymen du monde entier avec ses muscles en moins.

-parce qu’ils sont amoureux l’un de l’autre et que faut que ça dure avant que l’amour les amoche.

- parce que savez-vous que devant les aurores, 15 000 lièvres dansent dans la slush comme des fanfarons ?

My Space Tricot Machine

Pas fait en chocolat:

L'Ours:

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Commentaires
C
Faut surtout pas qu'ils les passent sur les françaises ondes, sinon ils font un carton. Un charme immédiat étudié pour.
B
J'aime beaucoup!
C
Merci. Je ne sais pas si ça va durer, peut-être que c'est saisonnier. Mais que cela ne t'empêche pas de continuer ton blog et de faire de très bonnes fêtes
K
Merci merci de recommencer à publier activement!<br /> Merci pour toutes ces belles découvertes, je ne m'en lasse pas.<br /> Quel plaisir!<br /> <br /> Bonnes fêtes!
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